Sénégal : du perchoir de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko révèle les vraies raisons de sa rupture avec Diomaye Faye

Sénégal : du perchoir de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko révèle les vraies raisons de sa rupture avec Diomaye Faye

À peine installé à la présidence de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko a levé le voile sur les profondes divergences qui l’opposent désormais au président Bassirou Diomaye Faye. Dans un discours aux allures de clarification politique, l’ancien Premier ministre a expliqué les désaccords qui ont progressivement fragilisé le tandem arrivé au pouvoir en mars 2024.

Depuis le perchoir, Sonko a d’abord pris ses distances avec la nomination du nouveau Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lô, affirmant que le Pastef n’avait pas été associé à cette décision présidentielle. « On ne peut pas faire du Pastef sans Pastef », a-t-il lancé devant les députés, dans une déclaration perçue comme un avertissement politique adressé au camp présidentiel.

Des divergences sur la dette et la souveraineté économique

Au cœur de la rupture entre les deux hommes figurent principalement les questions économiques, notamment la gestion de la dette publique et les relations avec les institutions financières internationales.

Ousmane Sonko a reconnu publiquement avoir eu plusieurs désaccords avec Ahmadou Al Aminou Lô sur « la question monétaire, la dette et d’autres sujets similaires ». Mais derrière cette déclaration, plusieurs observateurs voient surtout une fracture plus large avec Bassirou Diomaye Faye sur l’orientation économique du pouvoir sénégalais.

Depuis 2024, deux lignes semblaient cohabiter au sommet de l’État. D’un côté, Sonko défendait une approche souverainiste reposant sur le financement interne et une prise de distance avec le Fonds monétaire international (FMI). De l’autre, le président Diomaye Faye apparaissait plus favorable à une reprise des discussions avec les bailleurs internationaux afin de soulager les finances publiques sénégalaises.

Cette divergence s’est accentuée après les révélations sur la dette cachée héritée du régime de Macky Sall, situation qui avait conduit à la suspension de plusieurs financements extérieurs et du programme du FMI.

Une rupture politique désormais assumée

Les tensions entre Sonko et Diomaye Faye n’étaient plus un secret depuis plusieurs mois. Dès décembre 2025, lors de la Journée des martyrs et des victimes, Sonko avait publiquement reconnu l’existence de désaccords avec le chef de l’État, alimentant les spéculations sur une crise interne au sommet du pouvoir.

Le limogeage de Sonko de la Primature le 22 mai 2026 a définitivement confirmé cette fracture politique. Son élection, quatre jours plus tard, à la tête de l’Assemblée nationale lui offre désormais une nouvelle position stratégique face à l’exécutif.

Dans son discours, le leader du Pastef a néanmoins tenté de préserver une ouverture au dialogue, affirmant que son parti restait disposé à discuter « de manière responsable » afin de préserver la stabilité des institutions.

Le Pastef partagé entre fidélité et inquiétudes

La nomination d’Ahmadou Al Aminou Lô à la Primature continue de provoquer des remous au sein du Pastef. Plusieurs figures proches de la ligne souverainiste critiquent le profil du nouveau chef du gouvernement, ancien cadre de la BCEAO et considéré comme favorable à une approche économique plus orthodoxe.

Le député Guy Marius Sagna est même allé jusqu’à qualifier cette nomination de « coup d’État contre Pastef ».

Pour de nombreux observateurs, la nouvelle configuration politique — Sonko au perchoir et Diomaye Faye à la présidence — ouvre désormais une phase de cohabitation politique sous tension, où le contrôle parlementaire pourrait devenir un instrument majeur dans le rapport de force entre les deux anciens alliés.


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