Sénégal : Sonko félicite Ahmadou Al Aminou Lô, mais affiche ses divergences avec le pouvoir

Sénégal : Sonko félicite Ahmadou Al Aminou Lô, mais affiche ses divergences avec le pouvoir

Élu ce mardi 26 mai à la tête de l’Assemblée nationale du Sénégal, Ousmane Sonko a adressé ses félicitations à son successeur à la Primature, Ahmadou Al Aminou Lô, tout en prenant clairement ses distances avec sa nomination. Dans son discours inaugural, l’ancien Premier ministre a également reconnu l’existence de divergences profondes sur des questions économiques majeures, notamment la dette publique et la politique monétaire.

Depuis le perchoir de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko a salué « le travail colossal » accompli par Ahmadou Al Aminou Lô dans l’élaboration du référentiel Sénégal 2050. Il l’a décrit comme « un travailleur acharné » et « un homme dévoué ». Toutefois, le leader du Pastef n’a pas caché les désaccords qui les opposent sur plusieurs dossiers stratégiques.

« Je dois avouer que nous avons eu des divergences, notamment sur la question monétaire, la question de la dette et d’autres sujets similaires », a-t-il déclaré devant les parlementaires.

Mais au-delà des félicitations protocolaires, Sonko a surtout tenu à préciser que son parti n’avait pas été associé à cette décision prise par la présidence sénégalaise. « Notre formation n’est pas associée à cette décision. On ne peut pas faire du Pastef sans Pastef », a-t-il lancé, tout en laissant la porte ouverte à un dialogue politique « responsable » afin de préserver la stabilité du mandat en cours.

Une fracture économique qui s’accentue

Les divergences évoquées par Ousmane Sonko remontent aux premiers mois du pouvoir partagé avec le président Bassirou Diomaye Faye depuis mars 2024. Deux visions économiques semblaient alors cohabiter au sommet de l’État.

D’un côté, Bassirou Diomaye Faye privilégiait une reprise des discussions avec le Fonds monétaire international (FMI) afin d’obtenir un nouveau programme d’aide financière, dans un contexte marqué par une dette publique estimée à 132 % du PIB. De l’autre, Sonko défendait une ligne souverainiste basée sur le financement interne et une certaine méfiance vis-à-vis des conditionnalités imposées par les institutions financières internationales.

Cette crise financière s’était aggravée après les révélations sur la dette cachée héritée du régime de Macky Sall, entraînant la suspension du programme du FMI et le gel de plusieurs financements extérieurs depuis 2024.

En janvier 2026, Ahmadou Al Aminou Lô avait lui-même reconnu sur la RTS que l’absence d’accord avec le FMI réduisait les marges budgétaires du Sénégal et freinait certains financements internationaux. Il avait néanmoins défendu une vision de la souveraineté économique fondée sur la capacité du pays à financer son propre développement.

Lors de son discours de nomination à la Primature, lundi, Al Aminou Lô avait insisté sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’un « changement de cap », mais plutôt d’« un changement de méthode dans la cohérence institutionnelle et l’action gouvernementale ».

Des remous au sein du Pastef

La nomination du nouveau Premier ministre continue de provoquer des réactions au sein du parti Pastef. Le député Guy Marius Sagna a dénoncé ce qu’il qualifie de « coup d’État contre Pastef », en raison notamment du passé d’Al Aminou Lô à la BCEAO, une institution régulièrement critiquée par les partisans de la souveraineté monétaire.

Pour plusieurs observateurs proches des courants souverainistes, le profil technocratique du nouveau chef du gouvernement traduirait un repositionnement progressif du pouvoir sénégalais vers une ligne jugée plus compatible avec les attentes du FMI et des partenaires financiers internationaux.

Ces tensions internes étaient déjà perceptibles depuis décembre 2025. À l’occasion de la Journée des martyrs et des victimes, Ousmane Sonko avait publiquement reconnu des divergences avec Bassirou Diomaye Faye, alimentant les spéculations sur une possible rupture politique.

Avec le limogeage de Sonko le 22 mai 2026 puis son élection à la présidence de l’Assemblée nationale quatre jours plus tard, le Sénégal entre désormais dans une nouvelle configuration institutionnelle où les rapports entre l’exécutif et le Parlement pourraient devenir un enjeu politique majeur dans les mois à venir.


 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *